Décès, Conceptions et Mariages [ 1624-1628 ] à Saint-Lambert-des-Levés, en Anjou |
Ce qui frappait les esprit d'avant 1750 _ depuis Louis XIV en ses Mémoires
( pour 1662 ) et Bossuet en ses Sermons jusqu'aux humbles curés
de campagne en leurs registres paroissiaux _ c'était le retour assez
régulier, plusieurs fois dans une vie d'homme, de ce qu'on nommait
donc la "mortalité". Pendant plusieurs mois, parfois une année,
exceptionnellement plus, le nombre des convois mortuaires doublait, triplait,
parfois plus encore, soit dans une ou deux paroisses, soit dans tout un
bailliage, soit dans une ou plusieurs provinces. Un à deux dixièmes
de la population ( rarement plus, mais cela arrivait ) allait au tombeau.
On ne comprenait pas très bien ; on alléguait volontiers
la colère divine, la punition de péchés accumulés,
la vengeance des démons, l'effet horrible de quelque "sort" jeté.
Une observation attentive montre que la multiplication des sépultures s'accompagnait souvent d'une quasi-cessation des mariages ( qui s'explique aisément ) et parfois aussi d'une forte diminution des "conceptions" ( baptêmes reculés de neuf mois ), comme si la fécondité des couples baissait soudain. De plus, une mobilité exceptionnelle marquait les régions touchées, les pauvres, les craintifs, les sans-travail et beaucoup d'enfants se répandant sur les chemins en quête de sécurité ou de secours, le plus souvent de pain. Au bout de quelques mois ou d'une année se déclenchaient les phénomènes inverses, apparemment compensateurs. Les convois mortuaires cessaient, les faibles ayant été éliminés ; les mariages se multipliaient, puis les naissances, aussi bien dans les nouveaux couples que dans ceux qui n'avaient pas été rompus par la mortalité in Pierre GOUBERT, Les Français et l'Ancien Régime,
tome 1, pp38-40
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Les grandes "mortalités" au XVIIème siècle à Bresles-en-Beauvaisis |
...] La véritable crise démographique, telle qu'elle
a surtout été étudiée dans la France du nord,
du centre et de l'est, pays à blé par excellence, et particulièrement
avant 1715, ce fut généralement une crise de subsistances,
qu'on appelait couramment "disette" et même "famine". Elle résultait
d'une série d'accidents météorologiques ( généralement
des étés pluvieux qui empêchent les céréales
de mûrir, ou provoquent maladies et pourrissement ) [...] Des récoltes
successives ont été ainsi médiocres ou mauvaises ;
elles se sont mal conservées ; les provisions se sont taries ; le
prix des blés, et donc du pain et des farines, aliments fondamentaux
dans la plus grande partie du royaume, n'a cessé de monter, doublant
couramment en quelques semaines, triplant et quadruplant assez souvent.
Due à la cherté bien plus qu'à l'absence physique
de nourriture, la disette par cherté paraît déclencher
la "mortalité" et les phénomènes conjoints, qui semblent
eux aussi découler de la flambée des prix, et effectivement
en découlent pour une large part. Les revenus populaires habituels
( salaires, journées, menus travaux ) non seulement ne suivent pas,
mais baissent ou s'effondrent. Le petit peuple des villes et même
des campagnes se jetait alors sur des nourritures médiocres ou infectes
( farines douteuses, pain de glands ou de fougères, herbes bouillies,
charognes diverses, etc. ) ; des épidémies essentiellement
digestives s'installaient aussitôt, propagées par l'absence
de toute hygiène et l'indicible saleté des eux, répandues
encore par les colporteurs, les soldats, les mendiants, les pélerins
et mille parasites [...]
Les moyens de transport sont insuffisants. Lorsqu'un groupe de provinces souffre de cherté, les secours en blés sont demandés tard, arrivent tard et souvent avariés, et à des prix trop élevés [...] Le fait qu'une cherté presque exclusivement céréalière puisse déchaîner sous-alimentation, mauvaise alimentation et "mortalité" montre à quel point les blés constituent la nourriture trop exclusive de la majorité des Français et combien leur régime alimentaire est carencé, insuffisant, fragile. in Pierre GOUBERT, Les Français et l'Ancien Régime,
tome 1, pp41à43
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A la fin du XVIIIème siècle,
avec près de 20 millions d'habitants, la France est le pays
le plus peuplé d'Europe, mais la croissance y demeure faible car
on y meurt beaucoup et jeune.
La population du royaume subit encore fréquemment
les épidémies, les famines et les malheurs
de la guerre.
La plupart des Français sont des ruraux
( 85%) et des paysans.
Les villes sont encore petites et peu nombreuses.
Avec 500 000 habitants, Paris est
la plus grande ville d'Europe.