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un pélerinage
armé
trajet de la croisade
Lettre
d'Etienne
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Le désir de partir en Terre sainte
correspond à la sensibilité eschatologique du XIème
siècle telle qu'on la retrouve sur le tympan des églises
romanes. Les pélerins pensent naïvement que mourrir à
Jérusalem rapproche du Paradis de par l'interprétation de
certains passages de la Bible et des pensées augustinienne ( Civitas
Dei ) qui entraînent une confusion entre la Jérusalem
terrestre et la Jérusalem céleste. Les pélerins pensent
que lors du jugement dernier, ceux qui ont rejoint Jérusalem auront
une place de choix.
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chapitre XXI |
1_ Après cela
je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle. Car le premier ciel et la
première terre avaient disparu, et la mer n'était plus.
2_Et moi Jean, je vis la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, qui venait de Dieu, descendait du ciel, étant parée comme une épouse qui se pare pour son époux. |
1er décembre 1095_ prise de la croix
par les premiers chevaliers
20 juillet 1097_ prise de Nicée
03 juin 1098_ prise d'Antioche
15 juillet 1099_ prise de Jérusalem
Lettre d'Etienne

Suite à l'appel d'Urbain II lors
de la clôture du concile de Clermont en novembre 1095 à la
libération de l'Eglise de Dieu à Jérusalem, de nombreux
volontaires font le voeu irrémissible de prendre la croix et d'aller
à Jérusalem. Dès le 1er décembre 1095, la croisade
est assurée du concours de la noblesse et des clercs du royaume
de France, d'Angleterre et des parties occidentales du Saint-Empire ( Lorraine,
Brabant ... ). Le succès dépasse les espérances du
Pape car de nombreux chevaliers souhaitent partir à l'aventure.
De plus Pierre l'Ermite enrôle des bandes de milieux populaires qui
frappés par les images de l'Apocalypse partent sans idée
de retour. D'Italie, les "barons" rejoignent Constantinople alors que les
bandes sauvages de la croisade "populaire" quittent dès avril la
Rhénanie en massacrant au passage les communautés juives.
En août 1096, les bandes sauvages débarquent sur la côte
asiatique, ravagent les campagnes chrétiennes avant de se faire
massacrer par les Turcs en octobre 1096. Les Barons, eux, prêtent
serment devant le basileus Alexis Comnène et le 6 mai 1097, l'armée
"franque" ou "latine" attaque Nicée. C'est dans ce contexte qu'Etienne,
comte de Champagne, Blois, Brie et Chartres écrit à sa femme
Adèle de Normandie, fille de Guillaume le conquérant ...
| Le comte Etienne de Blois envoie à la comtesse Adèle, sa très douce amie et épouse, tout ce que son esprit peut imaginer de meilleur et de plus tendre. Sache, ma chère, que j'ai fait bonne route vers Rome, entouré d'honneurs et jouissant d'une bonne santé. J'ai pris soin de te faire envoyer par un scribe de Constantinople le récit de mon voyage et de toutes mes aventures ; mais de peur qu'il ne soit arrivé quelque chose de fâcheux à ce messager, je te réécris moi-même cette lettre. C'est avec une grande joie que, par la grâce de Dieu, j'ai atteint Constantinople. L'empereur m'a extrêmement bien reçu, dignement et honorablement, presque comme si j'étais son fils, et m'a fait de somptueux cadeau [ ... ] Nicée ma chère est ceinte d'une formidable muraille qui compte plus de trois cents tours. Nous y avons rencontré des Turcs audacieux et belliqueux : là pendant quatre semaines, l'immense armée de Dieu livra un combat sans merci contre les Nicéens. Soliman ( en réalité Qilij Arslân Ier, fils de Sulaîman ibn Qutulmish le fondateur de la dynastie seldjoukides en Anatolie ) prince des Turcs, prêt au combat, se jeta subitement sur les nôtres avec des forces immenses, peu avant que nous ayons rejoint l'armée, pensant que cet assaut lui permettrait d'investir la ville et de secourir les siens : cet odieux projet tourna autrement qu'il ne l'espérait, grâce à la miséricorde divine. Les nôtres, qui s'étaient rapidement armés, firent face aux Turcs avec un courage féroce : ceux-ci, faisant demi-tour sur-le-champ, se débandèrent. Les nôtres, les poursuivant sans relâche sur une longue distance, en occirent beaucoup, et, blessant, tuant, les mirent en fuite. Et, s'ils n'avaient pas été entourés de montagnes escarpées et inconnues, les nôtres les auraient, le même jour, condamnés à une irrémédiable perte. Personne, chez nous, ne fut tué. Plus tard cependant, notre glorieuse armée mena plusieurs combats violents. Grâce aux catapultes et aux arcs, elle tua de nombreux Turcs, parmi lesquels se trouvaient des personnages importants. Parmi les nôtres, certains, peu nombreux furent tués. Il n'y avait aucun chevalier célèbre, à l'exception de Baudoin de Flandres, comte de Gand.Nos princes donc, voyant que Nicée, hérissée de tours comme je l'ai dit, ne pourrait être prise par les armes construisirent à grand-peine de hautes tours de bois garnies de catapultes et de diverses machines. Voyant cela, les Turcs saisis de terreur firent savoir à l'empereur qu'ils se rendaient, sans armes, à la condition de recevoir un sauf-conduit et de se remettre vivant au pouvoir de l'empereur [ ... ] |

| An 491 de l'Hégire
Les Musulmans s'avancèrent vers Antioche et en commencèrent le siège. Mais Kerbogha se mit à mal agir envers les Musulmans qui étaient sous ses ordres. Il prit un ton fier à l'égard des émirs, persuadé que ceux-ci se soumettraient à ce qu'il voudrait, mais les émirs en furent irrités. Seulement, ils dissimulèrent leur mécontentement, attendant pour éclater un jour de bataille : leur intention étant de l'abandonner au moment de l'action. Treize jours s'étaient écoulés depuis que les Francs étaient entrés dans Antioche. Ils n'avaient plus de quoi manger. Les riches en étaient réduits à se nourrir de bêtes de somme, et les pauvres de charogne et de feuilles d'arbres. Dans cette situation, ils envoyèrent demander merci à Kerbogha, offrant d'évacuer la ville. Mais celui-ci leur opposa un refus, disant :"Vous ne sortirez que par la force du glaive". [ ... ] Il y avait dans l'armée ( des Croisés ) un moine qui jouissait d'une grande considération et qui avait l'esprit rusé. Il dit aux chefs :"La lance qui frappa le Messie fut enterrée dans l'église des prêtres qui est à Antioche. Si vous la trouvez, vous aurez la victoire, sinon, vous périrez inévitablement". Auparavant, le moine avait enterré une lance dans un coin de l'édifice, et il avait fait disparaître les traces de son artifice. Il enjoignit aux soldats de jeûner et de faire pénitence. Cela dura pendant trois jours. Le quatrième jour, le moine fit entrer les chefs dans le lieu désigné, avec la foule des soldats et les ouvriers de l'armée. On se mit à creuser de tous les côtés, et on trouva la lance dont le moine avait parlé. Aussitôt le moine s'écria :"A présent, vous êtes sûrs de la victoire". [ ... ] Les Francs sortaient successivement de la ville. Quant il n'en resta plus un seul dans Antioche, le combat commença mais les Musulmans prirent aussitôt la fuite [ ... ] |
| [ ... ] La ville sainte fut prise du côté nord, dans la matinée du 22 du mois de shaban. Aussitôt, la foule pris la fuite. Les Francs restèrent une semaine dans la ville occupé à massacrer les Musulmans [ ... ] Les Francs massacrèrent plus de soixante-dix mille Musulmans dans la mosquée al-Aqsa. Parmi eux, on remarquait un grand nombre d'imams ( religieux ), d'oulémas ( savants ) et de personnes menant une vie pieuse et austère qui avaient quitté leur patrie pour venir prier dans ce noble lieu. Les Francs enlevèrent de la chapelle de la Sakhra plus de quarante lampes d'argent qui pesaient quarante livres syriennes ainsi que cent cinquante lampes de moindre grandeur [ ... ] |

contribution iconographique
Histoire de France en bandes dessinées,
n°5 février 1977.
bibliographie
GROUSSET (R.), Histoire des Croisades