Leçon courte d'héraldique
Il semble que la fixation des représentations, du code des couleurs ou le legs patrimonial des blasons ne datent en fait  que du XIIème siècle pour se fixer définitivement au XIIIème siècle. Les figures choisies par les chefs et peintes sur les boucliers pour servir à les faire reconnaître aux soldats n'étaient en rien héréditaire et changeaient même au cours de la vie.  Au XIIème siècle, un personnage comme Richard Coeur de Lion transforma encore  le lion des Plantagenêt en un léopard ( animal maléfique et bâtard ). En France, il faut attendre Louis VIII le lion puis le règne de saint Louis pour être certain du caractère héréditaire du blason à commencer par celui de la couronne de France que l'on retrouve définitivement sur les sceaux royaux. Blasonner n'était pas seulement  l'apanage des hérauts au soir d'une bataille lorsqu'il fallait compter les morts, les blessés ou les prisonniers. On oublie souvent que les artisans dans les villes ou encore les maisons possédaient des blasons roturiers.
Véritable carte de visite ou d'identité, le blason tout comme l'enseigne ( qui n'est souvent que le blason d'une maison : Au cerf, A l'agneau, Au lion, A l'étoile d'or ... ) permettent de reconnaître une famille, une maison, un métier ou encore d'établir des liens de parenté, d'affirmer une généalogie par l'art des brisures et des savants découpages qui font la joie des héraldistes et des généalogistes ...
 
- La grammaire du blason 
parties d'un écu
couleurs
- Construire son propre blason
figures à construire
ranger les figures
- Le bestiaire médiéval
 
bibliographie

 
Le webmestre


- La grammaire du blason

a) origines ...

Il faut rechercher l'origine du mot blason dans le mot allemand blasen, sonner du cor. Quand un chevalier se présentait à la barrière d'un tournoi, son écuyer sonnait du cor pour annoncer son arrivée; les hérauts d'armes allaient alors reconnaître le champion, et, avant de l'introduire, décrivaient à haute voix ses armoiries d'où la naissance de la science héraldique.
La symbolique des couleurs sur les écus remonte à l'antiquité et se retrouve aussi bien en Chine et au Japon que dans le monde musulman. Le spectre des couleurs était moins étendu à ces époques anciennes qu'aujourd'hui du fait de l'utilisation de couleurs naturelles ( pastel, garance ... ). Les goûts et choix de couleurs s'en trouvaient affectés. Les couleurs rouges et bleus par exemple que l'on retrouve sur le manteau marial ou les échiquiers médiévaux étaient jugées bien plus dissonantes et contrastantes que le noir et blanc et le vert rare et instable était peu apprécié d'où la superstition des gens de spectacle. Le rouge était par contre la couleur réservée aux mariages, aux fêtes et à l'aristocratie. Symbole de luxe, de grandeur  et de beauté, rappelons que la place rouge à Moscou doit se traduire en Français par la grand'place, elle est à l'inverse du vert la couleur préférée de l'époque.


b) écus, champs, quartiers

écu dit français

La forme du blason ressemble généralement à un écu ou un bouclier médiéval. En Grande-Bretagne, l'écu royal est rond alors que les autres ressemblent à l'écu français. Les Allemands affectionnent par maniérisme les écus couchés et échancrés de mille manières. Les femmes portent souvent des écus en losange ou en bannière ( carrés ).
L'écu se divise en neuf sous parties qui permettent de décrire le blason qu'importe sa forme.
canton dextre
chef
canton senestre
flanc dextre
coeur ou abîme
flanc senestre
canton dextre
pointe
canton senestre

c) le code des couleurs
ne jamais mettre métal sur métal, ni couleur sur couleur

Le blason comporte un fond et une figure. Le fond et la figure ne peuvent être choisis que dans un ensemble symbolique de couleurs. -sable ( noir )-gueule ( rouge )-sinople ( vert )-azur( bleu )-or ( jaune )-argent ( blanc )

Ces couleurs sont symboliques car la couleur gueule  peut recouvrir un large spectre  allant de l'orange au rouge foncé et la couleur or peut suivant le dessinateur médiéval ressembler à du jaune citron ou à de l'orange. Ces couleurs se divisent en deux ensembles les métaux et les émaux. Ces ensembles sont  alternatifs et non associatifs. Les émaux représentent l'étoffe du vêtement, et les métaux l'armure métallique.


émaux    /    métaux
- sable
-gueule
-sinople
-azur
-or
-argent


Sur ce blason, si l'on regarde le parti dextre, on découvre un fond d'argent et une figure de gueule.

métaux    /    émaux

-or
-argent
- sable
-gueule
-sinople
-azur

Les armoiries qui ne respectent pas cette règle sont dites à enquerre. Il faut s'enquérir comme elles sont contraires aux lois héraldique de l'événement qui a pousser à la transgression.

d) le choix des figures

Le choix des figures est illimité. Elles peuvent être géométriques ( barres, croix, losanges, cercles, demi-cercles ... ) ou figuratives ( animaux, astres, monstres, parties anatomiques, plantes, outils, astres ... ). Il faut cependant remarquer que certaines figures traditionnelles ne ressemblent pas à des animaux véritables ( le dauphin est un poisson macrocéphale, le léopard  n'est qu'un lion couché ). Au-delà de 15 figures, le blason devient illisible.

Les figures géométriques :

Le chef : partie d'une autre couleur occupant le haut de l'écu.
La champagne : partie d'une autre couleur occupant le bas de l'écu.
La fasce : traverse horizontalement l'écu par le milieu.
Le pal : coupe l'écu perpendiculairement et par le milieu.
La bande : traverse l'écu diagonalement, de droite à gauche.
La barre : traverse l'écu diagonalement de gauche à droite.
Le chevron : il ressemble à un compas dont les branches descendent aux parties dextres et senestres de la pointe de l'écu.
Le franc-canton : c'est une pièce carrée qui occupe le quart de l'écu à l'angle.
La pointe : elle ressemble à un grand triangle.
Le pairle : c'est un espèce d'Y capital dont la base touche la pointe de l'écu, tandis que les deux branches aboutissent aux angles supérieurs.
La croix simple : une fasce et un pal de même couleur.
La croix de Bourgogne ou de Saint-André : une bande et une barre de même couleur.

Les figures animales :
Le lion rampant : il est dressé sur ses pattes de derrière et de profil.
Le léopard ou lion passant : il est en position de marche avec la queue retournée sur le dos.
Le taureau : il est représenté passant avec la queue retroussée sur le dos ce qui le distingue de la vache ou du boeuf.
Le loup : il est de profil et passant à la queue pendante.
Le renard : il est de profil et passant et sa queue est verticale.
Le cerf : Il est représenté passant, élancé ou saillant, c'est à dire dressé sur ses jambes de derrière.
Le sanglier : il se distingue du porc par ses défenses et sa robe sable.
L'ours : il se retrouve représenté dans plusieurs postures.
Le cheval : on le dit gai, quand il est nu et en liberté.
Le chien : on retrouve des chiens de toutes les races sur les armoiries.
L'aigle : C'est l'oiseau le plus fréquent des armoiries. L'Aigle à deux têtes est dite éployée et, si son émail est le sable, on l'appelle Aigle de l'empire.
Le coq : il se représente de profil, la tête levée, la queue retroussée, les plumes de cette dernière retombant en courbes gracieuse.
Le dauphin : Sa position ordinaire est d'être de profil, courbé en demi-cercle, le museau et le bout de la queue tournés vers la dextre de l'écu. C'est en fait dans l'expression artistique plus un énorme poisson macrocéphale qu'un cétacé.
Les figures fantastiques :

La vivre, givre ou guivre : c'est un serpent qui dévore un enfant.
Les Harpies : elles ont la tête et la gorge d'une femme et le reste du corps d'un aigle.
Les Sirènes : elles ont la tête, les bras et la poitrine d'une jeune fille, et le reste d'un corps d'un poisson.
Le griffon : il a la partie supérieure d'un corps d'un aigle et la partie inférieure du corps d'un lion.
La licorne : elle ressemble à un cheval, par la forme générale du corps, mais elle en diffère par une corne longue et droite qu'elle a sur le front, par ses pieds, qui sont fourchus, et par une petite barbe qu'elle porte sous le menton.
Le sphinx : il a la tête et le sein d'une jeune fille, les griffes d'un lion, le corps d'un chien et la queue d'un dragon.
Le dragon : il se représente de profil avec la tête, la poitrine et les pattes de derrière assez semblables à celles du griffon. La langue terminée par un dard, des ailes de chauve-souris et la partie postérieure du corps finissant en une queue de poisson tournée en volute.
L'amphistère : sorte de serpent ailé dont la queue, tournée en volute, se termine par une ou plusieurs têtes de serpents.

Les objets, les astres et les fleurs :

Le trèfle : une fleur à trois pétales arrondis
La rose : elle se représente épanouie, avec un bouton au centre et neuf pétales, quatre à l'intérieur et cinq à l'extérieur
Le lis
Le monde : c'est une sphère cintrée et surmontée d'une croisette.
Le soleil : il a la figure d'un disque muni d'un nez, d'une bouche et de deux yeux, et entouré de seize rayons, huit droits et huit ondoyants, placés alternativement.
Le croissant : leur position naturelle est d'être montants, c'est-à-dire ayants leurs pointes tournées vers le chef de l'écu.
L'étoile ou étoile de Béthléem: elle a normalement 5 rayons, dont un se dirige vers le haut, un à gauche, un à droite, et le reste vers le bas.
La comète : une étoile à huit rayons dont l'un est deux fois plus long que les autres.
L'épée : elle est représentée avec une lame, une garde, une poignée et un pommeau.
La grenade : elle est représentée avec une mèche allumée.
Le phéon : Fer de flèche aigu et barbelé.
La hache : elle se met en pal, le tranchant à dextre.
Le château : ils sont représentés par une courtine ayant à chacune de ses deux extrémités une tour ronde, crénelée, presque toujours couverte, et terminée par une girouette.
La tour : elle est ronde et crénelées de trois créneaux.
Le pont : ils peuvent avoir plus ou moins d'arches.
Les chaînes : on les pose comme un pal, un fasce, une bande ou une barre.
Les roues : elle est en général à huit rayons



Construire son propre blason

Avez-vous remarqué que la plupart des panneaux de signalisation routière et les drapeaux des pays correspondent au code de l'héraldique ? Pour se construire son propre blason, il suffit de respecter deux règles :

1- émaux et métaux tu ne mélangeras pas
2- une énigme tu construiras

En effet, le blason est un rébus et nombreux sont les blasons qui ont été formés sur des jeux de mots ou à partir des instruments de l'activité professionnelle d'une personne ou encore des caractéristiques géographiques ou architecturales du lieu ou l'on habite. Une personne s'appelant Dupont n'a pas à chercher bien loin pour faire son blason, il lui suffit de dessiner un pont et l'eau coulant en dessous par exemple. Je conseille d'utiliser un dictionnaire de moyen français pour essayer de trouver des jeux de mots et un dictionnaire des noms de France pour retrouver l'origine de son nom de famille.
S'arroger les fleurs de lys est ridicule tout comme la division du blason en plusieurs ensembles car ce sont les héritages successifs qui créaient chez les nobles ces quartiers nombreux et complexes. Plus le blason est simple, plus il correspond à ces figures totémiques qui apparurent au Xème et XIème siècle sur les boucliers des miles lors de la mutation féodale.

Attention ! L'arrangement des figures suit une règle bien précise qui correspond aux sous parties de l'écu. D'une manière générale, les figures s'ordonnent  de la façon suivante :

nombre de figure
position
1
en coeur
2
°
°
3
°
°    °
4
°    °
°    °
5
°    °
°
°    °
6
° ° °
° °
°
7
° ° °
°
° ° °
8
° ° °
°    °
° ° °
9
° ° °
° ° °
° ° °
10
° ° ° °
° ° °
° °
°
11
° ° ° ° 
° ° ° 
° ° ° ° 
12
° ° ° °
° ° ° °
° ° ° °
autres,
2
° °
3
°   °
°



Le bestiaire médiéval

Tous les animaux ne se valent pas au Moyen Âge et l'on peut les hiérarchiser en différents ensembles. Ces ensembles regroupent des animaux dont la présence symbolique provient de différentes origines spatiales ou temporelles:
a) les animaux pré romains des régions celtes  ( coq, sanglier, ours, cerf ... )
b) les animaux antiques et bibliques de l'espace romain ( aigle, taureau, lion, poisson, coquilles ... )
c) les animaux orientaux ou diaboliques ( licorne, chat, léopard, autruche, éléphant ... )
C'est le mélange de ces trois sphères d'influence qui fait toute l'originalité du bestiaire médiéval.

1 ) les animaux symboles de royauté ( potestas et auctoritas )


animaux
sphères géographiques
- le lion ( c'est déjà au Moyen Âge le roi des animaux ) - France, Pays-Bas, Belgique, Angleterre, Écosse, Espagne, Portugal
-l'aigle  - Terres d'Empire ( Est de la France, Allemagne, Autriche, Italie )
-le sanglier ( symbole de puissance dans les pays celtes ) - Belgique
- l'ours ( symbole de puissance dans les pays germaniques ) - Suisse, Allemagne
- le coq ( animal solaire, symbole d'universalité ) - France
- le taureau ( animal solaire, symbole de puissance dans les pays latins ) - Italie

2 ) les animaux de la chasse, de la pêche

- le cerf
- le lévrier
- le sanglier
- la merlette ( oiseau symbolique )
- le cygne
- les poissons
Attention ! le lapin si fréquent dans les tapisseries médiévales n'est pas un animal héraldique, car il s'appelait alors le conin, un mot  qui signifie également le sexe féminin et ne rentre ainsi que difficilement dans le champ viril de l'héraldique.

3 ) les animaux curieux

- le léopard ( c'est un bâtard né de l'accouplement maléfique du lion et d'un guépard )
- le chat ( souvent noir, c'est un animal maléfique )
- l'éléphant ( animal inconnu en Europe, il est difficile à représenter )
- la licorne ( ce cheval unicorne est en fait une représentation du rhinocéros )

4 ) les autres animaux sont rares dans l'héraldique médiévale et leur présence dans des armoiries anciennes est singulière, voir une preuve d'appartenance à la roture.




bibliographie
MAIGNE (W.), Abrégé méthodique de la science des armoires, Garnier Frères, Paris, 1885
PASTOUREAU (M.), Figures de l'héraldique, Gallimard, Paris, 1996